Art africain - Statue féminine - femme aux bras levés - - Style Tellem - Peuple Dogon - Mali

Art africain
Statue féminine - femme aux bras levés
Œuvre du peuple Dogon (style Tellem) - Mali
Sculpture en bois recouvert d'une épaisse patine composée par de matières sacrificielles
(une bouillie à base de farine de mil ou de sang et de bière de mil)

Autodiaporama

  • Les caractéristiques de cette statue :

    • La particularité de cette statue est l'élévation des bras en extension vers le haut, à la verticale, au-dessus de la tête ; les deux mains sont ouvertes ; elles se touchent du côté des bords externes.

    • Il existe de multiples interprétations expliquant ce geste :

      • Il exprime une prière pour obtenir la pluie ; on peut facilement comprendre la pratique de ce geste dans la zone où les Dogon sont installés (zone aride et sèche).
        Chez les Dogon, ces prières sont adressées au dieu suprême Amma et au dieu Nommo. Les prières se pratiquent dans des sanctuaires consacrés aux pratiques des libations et des offrandes aux ancêtres ; elles sont présidées par hogon, le chef religieux du village et le responsable du culte du lébé, le serpent mythique. Au cours des cérémonies effectuées au moment des plantations, une bouillie à base de farine de mil ou de sang et de bière de mil sont versés sur ces statues.

      • Supplication afin d'obtenir le pardon des mauvaises actions commises.

      • Selon une légende répandue par les Dogon, les Tellem avaient le pouvoir de s'envoler en levant les bras vers le ciel ; effectivement, ce geste exprime le désir de s'échapper de sa condition humaine et s'envoler.

    • Un bonnet (coiffure en matière souple et sans bord ni visière) recouvrant la tête.

    • Yeux en forme de coquillage (cauris) bordés en haut par les sourcilles et séparés par une racine d'un nez proéminent.

    • Deux lèvres fines avec une petite bouche.

    • Cou cylindrique et fin par rapport au volume de la tête.

    • Seins naissant des épaules ; ils sont dressés vers l'avant avec des extrémités pointues.

    • Des fesses rebondissant et rondes.

    • Les membres inférieurs sont relativement courts au niveau de leurs deux segments (cuisse et jambe).

    • Parmi les variations observées dans ce type de statuettes :

      • un seul bras levé et l'autre main est en contact avec la zone génitale ;
      • un seul bras levé et le bras controlatéral est absent ;
      • parfois, quand il s'agit d'un personnage féminin, deux mains levées, celle de droite est fermée, et celle de gauche est ouverte ;
      • un duel représentant une femme et un homme ;
      • statue double avec un personnage surmontant l'autre ;
      • statue de maternité : mère et son enfant ;
      • personnage hermaphrodite (deux seins et un sexe masculin) ;

  • Les Dogon se sont installés entre XIVe et XVe siècles apr. J.-C. dans la boucle du fleuve du Niger, au sud de Mali, sur un plateau limité par les falaises de Bandiagara, il s'agit d'une longue chaîne de grès (roche sédimentaire formée de grains de sable réunis par des ciments) située dans une région occupant la partie orientale du Mali dans la région de Mopti, s'étirant du nord-est au sud sur une distance de 200 km et mordant sur le nord-ouest du Burkina Faso.

    L'histoire ancienne des Dogon est connue grâce aux récits apportés par les chroniqueurs arabes du XVIe siècle.
    Entre XVe et le XIVe siècles, les Dogon se sont réfugiés dans les falaises de Bandiagara afin de fuir les campagnes d'éradication menées contre les animistes et décidées par l'empereur musulman du Mali, Mansa Moussa vers 1324.

    Les Dogon des falaises de Bandiagara se composent de quatre clans : Dyon, Ono, Arou et Domno. Pour des raisons d'organisation administrative, les Français, qui ont occupé le Mali, ont donné à l'ensemble de ces clans le nom de Dogon (un ethnonyme).

    Dans la mythologie Dogon sur la cosmogonie (la naissance de l'univers et la création du monde), le dieu suprême Amma façonne un placenta (l’œuf du monde), dans lequel il dépose deux jumeaux, Nommo et Ogo (ou l'essence mâle). Ogo en quittant le placenta provoque des troubles dans l'univers. Amma, pour rétablir l'ordre universel, sacrifie l'autre jumeau Nommo et disperse ses membres aux quatre points cardinaux, puis de son sang fait créer les animaux, les plantes et les étoiles. Une fois Nommo est ressuscité, il se place dans une arche avec les quatre jumeaux (les quatre nommo) qu'il les avait lui-même créés. Ces quatre jumeaux seraient les ancêtres des humains. Pour les Dogon, Nommo habite dans l'eau et les lieux humides.

    Les Dogon possèdent des connaissances astronomiques étonnant pour les astronomes d'aujourd'hui, surtout à propos de l'étoile Sirius (الشُعرى), ou Alpha Canis Majoris (α Canis Majoris/α CMa), l'étoile principale de la constellation du Grand Chien. Vue de la Terre, Sirius est l'étoile la plus brillante du ciel après le Soleil. Sirius n'est jamais très élevée au-dessus de l'horizon depuis les latitudes tempérées de l'hémisphère nord.

  • Les Tellem se sont déplacés vers le sud, entre XIe et IIIe siècle, suite à la désertification de la zone subsaharienne, puis ils sont installés, avant les Dogon, dans les cavités des falaises de la région de Bandiagara, au Mali actuel.
    Ce sont les Dogon qui l'ont donné plus tard, le nom de "Tellem" qui veut dire en Dogon : « Nous les avons trouvés ici ».

    D'après la tradition Dogon, les Tellem constituaient une branche des Kurumba, venant de la Provence du Yetenga. Également, d'après les Dogon, les Tellem auraient chassé de cette région, les Andoumboulou « Les petits hommes à peau rouge », les ancêtres probables des Pygmées actuels.

    Les Tellem sont étrangement disparus autour du XVe et XVIe siècle, probablement suite à l'occupation définitive du site par les Dogon, en fuyant eux-mêmes, l'islamisation conduite par l'empire du Songhaï qui avait annexé l'empire du Mali malgré l'opposition des habitants des falaises.

    Les Tellem ont bâti dans le site une véritable ville verticale à l'intérieur des cavités de la falaise Bandiagara ; leurs lieux de vie (grottes, habitations, greniers, lieux de culte et lieux de sépulture) n'étaient pas accessibles que par le moyen de cordages. Ce mode de vie permettait de les protéger des attaques extérieures.

    Les explorations de cette ville verticale a permis de dégager certains objets de culte et de rites funéraires, des statues anthropomorphes, de l'immobilier comme des petits autels, des appuis-nuque en bois, des bijoux en fer puis des ossements et des fientes de chauve-souris.

    Les objets fabriqués par les Tellem ont eu de l'influence sur l'art plus tardif des Dogon : parmi les œuvres sculptées par les Tellem, on retrouve des statues en bois, anthropomorphes, aux bras levés au-dessus de la tête, allongées, très stylisées et réduites à l'essentiel afin de présenter surtout le geste et pas la forme. Ce même geste a été reproduit sur les figures sculptées sur des objets immobiliers comme les portes, les arches et les pieds des tabourets.
    Les statues sont recouvertes par la fiente de chauve-souris, cela donne à leur surface un aspect granuleux.

    On retrouve, également, les statues aux bras levés chez les Soninke (Soninkés) qui se sont établis, vers le XIIIe siècle, dans des villages entre Kani-Goguna et Douentza, sur le plateau de Bandiagara au Mali actuel.


  • Références :
    • Fondation Clément. Afrique, artistes d’hier et d'aujourd'hui. Fondation DAPPER. Editions Hervé Chopin (HC), Paris 2018. p:79-81.
    • L'art de l'Afrique. Série " Génie de l'art". Éditions Place des Victoires - Paris. 2014.
    • Jacques Kerchache, Jean-Louis Paudrat, Lucien Stéphan, Germain Viatte. L'art africain. Éditions Citadelles & Mazenod. 2008.
    • Boyer Alain-Michel. Comment regarder les arts d'Afrique. Guides Hazan 2007 et 2017.
    • Zerbini Laurick. ABCdaire des arts africains. Flammarion 2002.

Auteur : Dr Aly Abbara
Mise à jour : le 12 Août, 2019

     
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