La fuite d'Ulysse
Ulysse ou l'un de ses compagnons, attaché sous le ventre d'un bélier, au moment
où de sa fuite de la caverne du Cyclope Polyphème.
Musée de Delphes - La Grèce
Atelier péloponnésien. Seconde moitié du VIe siècle av. J.-C.Bronze fondu à décors mythologiques.

Auteur : Aly Abbara
2 Février, 2011


  • Les Cyclopes fils de Poséidon (dans l'Odyssée d'Homère) :
  • Ulysse (Odysseus), au cours de son pénible voyage de retour à son pays Ithaque après la fin de la guerre de Troie, une tempête l'avait poussé vers l'île des Cyclopes ; c'était peut-être des descendants des premiers Cyclopes forgerons tués par Apollon ; ils n'avaient plus de souvenir du métier de leurs ancêtres et vivaient de l'élevage, comme des bergers barbares installés séparément les uns des autres dans des cavernes, sans lois et sans aucun élément en rapport avec la civilisation (assemblées, marchés, navires, agriculture...).

    Il faut remarquer qu'Homère signale dans l'Odyssée que le Cyclope Polyphème est le fils de Poséidon et non d'Ouranos, pour cela certains auteurs pensent que les cyclopes de l'Odyssée n'ont rien à voir avec les cyclopes fils d'Ouranos, du début de la création, et que le seul élément commun entre eux est la cyclopie (l'œil unique) d'où le nom commun.

  • Donc voici le mythe d'Ulysse et le Cyclope Polyphème :
    Recherchant des vivres sur l'île des Cyclopes, Ulysse et certains membres de son équipage entrèrent dans l'antre de Polyphème, fils de Poséidon et de la nymphe Thoosa et l'un de ces Cyclopes vivant sur cette île.
    Ulysse et ses douze compagnons s'installèrent dans la caverne, égorgèrent et firent rôtir quelques chevreaux trouvés derrière l'antre ; ils consommèrent joyeusement de la viande rôtie et du fromage que Polyphème gardait soigneusement dans son habitat.

    Le géant Polyphème, à son retour, fit rentrer son troupeau de moutons dans la caverne et ferma l'accès par un énorme bloc de pierre.
    Une fois à l'intérieur, il constata la présence des treize Grecs dont Ulysse ; ce dernier lui demanda le respect des lois divines en leur donnant l'hospitalité généreusement, le Cyclope mangeur d'hommes, n'eut comme réponse que de prendre deux Grecs et les dévorer crus, chair et os, tout en promettant à Ulysse de faire la même chose avec le reste de ses compagnons en les dévorant à chaque fois, deux par deux.

    Le lendemain matin, au réveil, le Cyclope, dévora encore deux Grecs, puis partit avec son troupeau tout en prenant soin de bien fermer l'entrée de sa caverne.
    Ulysse conscient de la vraie menace de perdre tous ses marins compagnons et se voir être dévoré, par le Cyclope, il décida de recourir à la ruse, donc il tailla et aiguisa durant l'absence du géant une grosse branche d'olivier, puis il la dissimula sous un tas de fumier.

    A son retour le soir, Polyphème dévora encore deux Grecs ; Ulysse s'approcha de lui et lui proposa aimablement, pour son plaisir de boire du vin ; il s'agissait du vin très fort d'Ismaros donné par Maron, que Ulysse avait apporté avec lui quand il avait quitté le navire pour explorer l'île. Trouvant la boisson très délicieuse, Polyphème qui n'avait jamais bu que du lait, demanda à Ulysse de lui servir de ce vin encore et encore, tout en lui promettant de le manger en dernier et pour cela, lui demanda son nom ; Ulysse répondit : "Oudéis" ou "Outis" (ce qui signifie : personne).

    Le vin d'Ismaros, que les humains diluaient dans l'eau avant de le boire (vingt portions d'eau pour une portion de vin) fit tomber Polyphème dans un état d'ivresse avancée et dans un sommeil très profond. Profitant de l'occasion, Ulysse et ses compagnons chauffèrent la branche d'olivier qu'ils avaient préparée dans la journée, puis ils crevèrent l'œil unique du Cyclope endormit à l'aide de sa pointe brûlante, rougie au feu.

    Polyphème se réveilla brusquement par une douleur atroce et hurla avec toute sa force de sorte que tous ses voisins proches et lointains vinrent à l'extérieur de sa caverne pour le secourir, mais quand ils lui demandèrent de désigner le responsable de sa souffrance, il répondait (Oudéis = Personne) ; alors ses voisins conclurent qu'il s'agissait d'un délire ou d'une épreuve ou malheur divins, alors ils partirent en lui demandant de prier son père Poséidon et de cesser de les déranger par ses cris.

    Polyphème désespéré, se dirigea en touchant les murs jusqu'à l'entrée de sa caverne et l'ouvra en déplaçant l'énorme bloc de pierre, puis il essaya de saisir les Grecs qui devaient fuir en cherchant par des mouvements désordonnés de ses mains, mais Ulysse décidant de sortir sain et sauve avec le reste de ses compagnons, les attacha, avec des branches d'osier, chacun sous le ventre d'un bélier tout en laissant un bélier libre devant et un derrière (dans d'autres versions, chaque homme de l'équipage fut accroché sous le ventre de trois moutons attachés ensemble) ; Ulysse le dernier, s'agrippa à la toison du plus grand bélier, le chef du troupeau.

    Le lendemain, à l'aube, Polyphème fit sortir les moutons de son troupeau pour les faire paître, mais au moment où les animaux sortirent de la caverne, il caressa leur dos pour être sûr que les Grecs ne se trouvaient pas parmi eux.

    Ulysse sauvé, conduisit le troupeau de Polyphème à bord de son navire et donna l'ordre d'avancer vers le large, puis ironiquement il cria au revoir à Polyphème ; furieux, le Cyclope lança un énorme rocher qui tomba devant le navire, la vague provoquée par la chute de ce rocher le transporta vers le rivage de l'île des Cyclope. Ulysse toujours rassuré par le handicap du Cyclope aveugle, n'hésita pas à dévoiler sa vraie identité, en lui criant "Si quelqu'un te demande qui t'a crevé l'œil, réponds que ce n'était pas Oudéis, mais Odysseus d'Ithaque".
    Polyphème, devant la provocation d'Ulysse, lança un rocher encore plus énorme, il tomba dans l'eau un peu derrière le navire et créa une énorme vague qui transporta cette fois le bateau sur le rivage de l'île située en face de celle des Cyclopes ; là où Ulysse rejoignit la majorité des membres de son équipage" qui l'attendaient impatiemment depuis qu'il était allé explorer l'île des Cyclopes bergers.

    Polyphème pria son père Poséidon de se venger d'Ulysse et son équipage d'où les difficultés ultérieures qu'Ulysse rencontrera durant son voyage vers son royaume, Ithaque.

  • Symbolisme :
    Par contre, le Cyclope Polyphème est en effet l'exemple parfait de l'être sauvage primitif, fort et violent, dont le niveau intellectuel est très réduit, à l'image de sa face ; donc en accord avec les données de la Médecine Moderne sur cette anomalie congénitale, la cyclopie :
    "La gravité des anomalies de la face est en concordance parfaite avec la gravité des anomalies associées du cerveau".
    Les anomalies du système nerveux central qui sont connues sous le nom d'holoprosencéphalie, peuvent être résumées tout simplement par l'arrêt de l'évolution du cerveau à des stades très précoces de l'embryogenèse.

Auteur : Dr Aly Abbara
Mise à jour : le 2 Février, 2011

  • Bibliographie :
    • Lucia Impelluso : Mythes - Histoire et représentations des dieux et héros de l'Antiquité. Editions de la Martinière- 2008.
    • Félix Guirand ; Joël Schmodt. Mythes, Mythologie - Histoire et dictionnaire. Larousse 2006.
    • Robert Graves. "Les mythes grecs" traduction intégrale du livre de langue anglais "Greek Myths Cassell & C° LTD. Londres" . Edition 2, Livre de poche La Pochothéque, FAYARD. 2005.
    • Catherine Salles " La Mythologie grecque et romaine " Hachette littérature. Tallandier Éditions, 2003.
    • Jean Chevalier, Alain Gheerbrant."Dictionnaire des symboles" Edition Robert Laffont 1989.
    • Pierre Ellinger. Dictionnaire des mythologies (Sous la direction de Yves BONNEFOY). Flammarion, Paris - 1981 ; tome I.
    • Pierre Grimal, La Mythologie grecque (collection Que sais-je ?) 1972.

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